Tissia Louis

L’hypnose : qu’est-ce que c’est vraiment ?

Le mot « hypnose » fascine autant qu’il peut inquiéter. Il évoque parfois le sommeil, la perte de contrôle ou les spectacles dans lesquels une personne semble soudain ne plus être maîtresse de ses actes. Pourtant, l’hypnose thérapeutique est bien différente de cette image.

L’état hypnotique est avant tout un état modifié de conscience, un fonctionnement naturel que nous expérimentons tous, à différents degrés. Lorsque nous sommes absorbés par un livre, un film, une musique, lorsque nous conduisons en ayant l’impression que le trajet est passé très vite ou que nous sommes profondément plongés dans nos pensées, notre attention se modifie. Nous sommes présents, mais autrement.

L’hypnose utilise volontairement cette capacité naturelle afin de permettre un travail thérapeutique.

Conscient et inconscient : deux niveaux de fonctionnement

Notre conscience nous permet de réfléchir, d’analyser, de raisonner et de prendre des décisions. Mais une grande partie de ce qui nous anime ne passe pas constamment par elle.

Notre inconscient contient notamment des apprentissages, des automatismes, des associations, des réactions émotionnelles et des schémas construits au fil de notre histoire. Certains nous sont utiles ; d’autres peuvent continuer à agir alors qu’ils ne sont plus adaptés à notre vie actuelle.

C’est ce qui explique cette expérience très courante : savoir intellectuellement qu’un comportement nous fait souffrir et pourtant continuer à le reproduire.

L’hypnose permet d’accéder différemment à ces fonctionnements automatiques et d’ouvrir de nouvelles possibilités de changement.

Existe-t-il plusieurs profondeurs d’hypnose ?

Oui, mais il est préférable d’imaginer un continuum plutôt que des cases parfaitement séparées.

Dans une hypnose légère, la personne reste très consciente de ce qui l’entoure. Elle entend, réfléchit et peut avoir l’impression qu’il ne se passe presque rien.

Lorsque l’état s’approfondit, l’attention portée au monde extérieur diminue. Les perceptions du corps, du temps ou de l’espace peuvent se modifier. Certaines personnes ressentent une grande lourdeur, d’autres une légèreté, une impression de flottement ou une profonde détente.

Dans des états plus profonds, des phénomènes plus importants peuvent apparaître : diminution de la perception de la douleur, modifications sensorielles, mouvements automatiques ou parfois amnésie partielle de certains moments.

Mais une hypnose profonde n’est pas nécessairement une « meilleure » hypnose. La profondeur de la transe ne détermine pas à elle seule l’efficacité du travail thérapeutique.

Toutes les hypnoses ne se ressemblent pas

Il existe différentes manières de pratiquer l’hypnose.

L’hypnose classique utilise davantage de suggestions directes. L’hypnose ericksonienne privilégie généralement un langage plus indirect, des images et des métaphores. D’autres approches, comme l’hypnose conversationnelle ou humaniste, utilisent encore différemment l’attention et la conscience.

L’hypnose de spectacle poursuit quant à elle un objectif totalement différent : divertir un public. Elle ne doit pas être confondue avec l’accompagnement thérapeutique.

Dans ma pratique, j’utilise une hypnose holistique, intégrée à une approche plus globale de la personne. L’état hypnotique n’est pas une finalité : c’est un moyen permettant d’aller rencontrer ce qui demande à être compris, transformé ou libéré.

Peut-on perdre le contrôle sous hypnose ?

C’est probablement l’une des craintes les plus fréquentes.

Être hypnotisé ne signifie pas dormir ni devenir inconscient. La personne peut continuer à entendre, ressentir, penser et parfois se souvenir de l’ensemble de la séance.

Elle ne devient pas pour autant une marionnette.

Cependant, l’état hypnotique peut augmenter la réceptivité aux suggestions. C’est pourquoi la qualité du praticien, son éthique et le respect du consentement sont essentiels.

Que peut apporter l’hypnose thérapeutique ?

L’hypnose est aujourd’hui utilisée dans différents domaines. Elle peut notamment accompagner la gestion de la douleur, certaines peurs ou phobies, l’anxiété, certains comportements ou habitudes, la préparation à des soins, ainsi que différents vécus émotionnels.

Dans une démarche thérapeutique plus globale, elle peut également permettre d’explorer des mécanismes répétitifs et de comprendre pourquoi certaines réactions continuent à se déclencher malgré notre volonté consciente de changer.

L’hypnose n’est cependant ni une baguette magique ni un substitut systématique à une prise en charge médicale ou psychologique lorsque celle-ci est nécessaire.

L’hypnose peut-elle être dangereuse ?

L’état hypnotique en lui-même n’est pas nécessairement dangereux. En revanche, la manière dont il est utilisé peut l’être.

Un praticien insuffisamment formé, des suggestions inadaptées ou trop directives, une recherche orientée de souvenirs ou des interprétations présentées comme des vérités peuvent poser problème.

La mémoire humaine n’est pas un enregistrement parfaitement fidèle du passé. Sous hypnose comme en dehors de l’hypnose, elle peut reconstruire, mélanger ou transformer certains éléments. Il faut donc être particulièrement prudent lorsqu’un travail fait émerger des souvenirs et ne jamais considérer automatiquement ce qui apparaît comme la preuve objective d’un événement.

Certaines situations psychologiques ou psychiatriques nécessitent également des compétences spécifiques et un cadre adapté.

Choisir un praticien, c’est donc aussi s’intéresser à sa formation, à son expérience, à son éthique et à sa capacité à reconnaître les limites de son accompagnement.

Aller à la rencontre de ce qui agit en nous

L’un des grands intérêts de l’hypnose est peut-être de nous rappeler que nous ne fonctionnons pas uniquement à partir de ce que nous décidons consciemment.

Nos réactions, nos peurs, nos comportements et certaines répétitions de notre existence peuvent prendre racine bien plus profondément.

L’hypnose offre alors un espace particulier pour aller à la rencontre de ces mécanismes, non pas pour lutter contre soi, mais pour mieux comprendre ce qui agit à l’intérieur de nous et permettre, lorsque cela est possible, qu’une autre réponse puisse émerger.

Cette exploration de nos fonctionnements inconscients est également au cœur de mon livre Lumière sur nos prisons intérieures par les schémas de comportements inconscients, consacré à ces mécanismes invisibles qui peuvent orienter notre vie bien davantage que nous ne l’imaginons.

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